18 janvier 2009

la peña de la tortue

J’ai quitté Cuba parce que j’étais lasse de l’atmosphère schizophrène qui y règne, parce qu’après plusieurs années de vie, je n’avais pas envie de faire ma vie là-bas, parce que souvent je me sentais étouffée, enlisée, et que cette sensation a fini par être plus forte que le plaisir d’y vivre entourée d’une tribu cálida.
Trois ans plus tôt, j’étais arrivée à La Havane avec un aller simple et l’adresse d’une casa particular où poser mes deux sacs les premiers jours. C’est tout. Je ne savais pas si je resterais quelques mois ou quelques années. Je ne connaissais personne dans l’île, mais j’étais pleine de curiosité (j'exagère un peu, j'avais gardé un ami de mon premier voyage dans l'île en 1995, et le fait qu'il vienne m'accueillir à l'aéroport à mon arrivée m'a fait un bien fou).
Très vite, mes andanzas cubaines m’ont menée de hasards en rencontres, de concerts en peñas, de fêtes en discussions. J’ai eu la chance de rencontrer tôt des gens exceptionnels, même si je n’en avais qu’à moitié conscience à ce moment-là.
Il y a quelques semaines, j’ai lu un article mis en ligne sur Penúltimos Días. Il y était question des « nouveaux rebelles ». Et je me suis rendue compte que je les connaissais presque tous, des amis proches, et qu’au-delà de positions politiques des uns et des autres, c’est justement leur révolte, leur liberté, leur énergie qui avaient accompagné ma découverte de Cuba, et l’avaient rendu si riche.
J’étais arrivée à un moment plutôt morose de l’histoire cubaine, la fin d’un projet politique, son délitement en tout cas. Mais ce qui nous lie à un pays, ce n’est pas une image abstraite, c’est au contraire très incarné, ce sont les amis qu’on y a, les rencontres qui nous marquent, parfois aussi les morts qu’on y enterre.
Le temps a passé depuis mon départ, mais je suis toujours avec attention ce qui se passe là-bas, et mes souvenirs restent très présents. Et puisque fragments d’île est là, pourquoi ne pas continuer à les partager ?
Alors, si la paresse ne me vainc pas, je vous présenterai quelques amis. Je vous ai déjà parlé de Yoani et de Reinaldo, bientôt vous rencontrerez aussi Pedro Luís, Ray, Gorki, Ciro, Amaury, Luis Eligio, David, Arturo, Jacqueline, Irina, Pedro, Frank, Erick, Mayito, el Maja, el Profe et bien d’autres…

5 commentaires:

David Chapet a dit…

C'est bizarre d'avoir ressenti ce sentiment de schizophrénie et de frustration allons nous dire, en aussi peu de temps (3 ans, c'est ça ?).
Voilà plus de 12 ans que je suis à Cuba et pour le moment, je tiens bon, question de tempérament peut-être. Tu n'es pas la seule dans ce cas, j'en connais beaucoup d'autres qui sont arrivés ici par hasard ou non et qui sont repartis presque aussi vite qu'ils sont arrivés...
Puisque tu es revenue, tout du moins de façon digitale, je t'invite à lire le blog
Bloggers Cuba. Il ne s'agit pas d'être et de bloguer pour ou contre Cuba, comme tu le mentionnes dans le banner de ton blog, mais bien de bloguer AVEC Cuba.
J'aimerais bien que tu nous expliques plus en détails ces sentiments qui t'ont poussé à partir.
Amitiés.
David

Dom a dit…

Te animaste mi tortutica !!


oui, j’ai eu le même recul par obligation, et suis arrivée à la même conclusion que toi :
« ce qui nous lie à un pays, ce sont les amis qu’on y a, les rencontres qui nous marquent, parfois aussi les morts qu’on y enterre. » = l’humanité quoi !!

Il existe une chanson que j’aime bien calquer sur la situation prochaine de Cuba :

… « Ne la laisse pas tomber,
elle est si fragile,
être une femme libérée,
tu sais c’est pas si facile … »

elle est vraiment très sympa ta vidéo : la Lord sous le ciel grand ouvert de la Havane !

Lafuente a dit…

Tortue:
Cuánto me alegro que continues!!! Cómo te extrañé!!

David:
Tient, on se retrouve par ici! Écoute, á mon avis tu n'est pas avec cuba, t'es pour le profit à cuba. Ce n'est pas une question de tempérament, mon vieux, c'est une question d'opportunisme.

David a dit…

Lafuente: tu me connais bien mal pour porter un tel jugement; il serait préférable que tu donnes quelques arguments sérieux plutôt que de discréditer de façon gratuite, ne crois-tu pas ?

Je ne vois pas en quoi le fait de vivre, de maintenir une famille et de travailler à Cuba est une question d'opportunisme, bien qu'en soit, l'opportunisme ne soit pas un défaut, ne le confond pas avec l'arrivisme.

Pour un psychiatre, si tu l'es réellement, je trouve ta réflexion un peu légère. C'est comme si j'accusais un cubain vivant en Suisse de lâcheté pour avoir quitté son pays. Ce serait tout aussi idiot.

Nicolas et Nora a dit…

Merveilleux que tu reprennes un peu ce blog.
Je suis vraiment heureux de lire.
...
Schizophrène?
Marrant, moi, j'était devenu parano après deux ans...
Comme quoi...
Peut-être l'île en rend-t-elle certains névrosés?

La bise depuis Abidjan, notre nouvelle maison!