18 avril 2009

souvenir d'une rencontre


Au parqueo de vélos de Línea y Paseo, un homme, la quarantaine, le regard fixe, m’accueille en me donnant la bénédiction de la Caridad del Cobre.
Je pense à un piropo nouveau ; mais le type insiste, me dit de prendre soin de moi, de faire attention à un prochain voyage, me parle d’une femme trigueña proche de moi qui souhaite que j’ai un accident, me demande quel mois je suis née, me dit de faire attention à vélo, me demande si j’ai eu plus de deux novios dans ma vie, me demande si j’ai de la stabilité en amour, quel âge j’ai, ai-je des enfants, il va m’offir quelque chose, est-que j’ai mes règles en ce moment, donne-moi la main droite, me glisse une graine dans la main, est-ce mon vélo, je dois l’attacher avec une petite sacoche noire et rouge au guidon de mon vélo, et la serrer fort quand ça va mal, qu’est-ce que j’ai autour du cou, donne-moi ce que tu veux en échange.
Comme je lui dis que je ne lui donnerai rien, il me reprend la graine et s’éloigne, vexé.

27 février 2009

un ovni russe à Holguín

On était allés à Holguín pour les Romerías de mai. Pendant quelques jours, la ville orientale devient une grande fête, des concerts toute la nuit à tous les coins de rue, un régal qui change de la morosité du Havana by night.
La traversée de l'île avait été longue, mais la voiture avait tenu.
Sur le chemin, on avait croisé un caméléon du côté de Jagüey, on avait traversé à pied le magnifique pont de Sancti Spiritus, on avait dépassé Ciego de Avila sans presque s'en rendre compte, on avait acheté du casabe au marché de Camagüey, et puis finalement on était arrivé tout au bout, à Holguín, la "ville des parcs" selon la terminologie nationale (chaque ville a son surnom, Matanzas, la ville des ponts, Baracoa, la ville première, Cienfuegos, "ah, une ville très propre" disent les Cubains unanimement).
Bref, à Holguín donc, sur la route qui longe le stade de base-ball, un peu en dehors du centre-ville, on avait vu ça :



"Perekhod", en russe, ça veut dire traversée, couloir souterrain.
Moscou en est rempli, ça permet de se déplacer sous les immenses avenues de la capitale russe, surtout en hiver, quand la neige glace les trottoirs et que les freins des voitures sont aléatoires. C'est plus sûr que de tenter la traversée en surface. C'est très utile, quoi.
Mais ici, à Holguín, comment dire... la neige n'est pas fréquente, et la carretera sous laquelle se glisse ce perekhod monumental mesure à peu près cinq mètres de large. Les deux rampes d'accès au couloir, de chaque côté de la route, sont plus longues que la traversée elle-même : y eso ?
Et ces dorures, cet alphabet cyrillique, ces globes lumineux...
J'en ai ramené une photo pour mes amis "eau tiède" (à moitié cubains, à moitié russes), qui ont bien ri à La Havane. Mais ça reste un mystère : on ne sait toujours pas comment ce perekhod a atterri à Holguín. Il doit y avoir une raison, mais laquelle ?

02 février 2009

un homme libre

Le problème, quand on est un ami de Gorki, c’est qu’on craint toujours d’apprendre son arrestation. C'est ce qui est arrivé hier.
Il a été arrêté avec deux membres de son groupe, Porno para Ricardo. Cette fois, ils ont été relâchés peu après — mais ça, bien sûr, on ne le sait jamais à l'avance.
C'était déjà arrivé l’été dernier : un soir, fin août, blogs et médias étrangers avaient annoncé sa détention. Il allait être jugé pour dangerosité pré-délictive. Vu de France, cela sonnait déjà comme une condamnation assurée...

La première fois que j’ai rencontré Gorki, c’était à une fête chez un ami, dans un rez-de-chaussée étroit de Centro Habana. On était plusieurs à discuter dans la cuisine, sous la lumière blafarde d’un néon, debout à côté d’un évier qui fuyait.
C’était assez surréaliste, un des invités faisait partie de l’association Hermanos Saíz, et parlait de la "position alternative" de l'organisation officialiste. Gorki était plutôt taiseux, pas très intéressé par ces palabres. Il avait été libéré quelques mois auparavant, après deux ans en prison.
Son nom me disait quelque chose (et quel nom...), mais je n’avais jamais rien entendu de son groupe, Porno para Ricardo (d'ailleurs le Ricardo en question était là lui aussi : je crois qu’il a fini la soirée en sommeil éthylique, assommé par la guayabita).
Au fil des ans, j’ai revu Gorki à plusieurs reprises, dans des happenings organisés chez des gens, dans des fêtes, à son boulot — un atelier de sérigraphie derrière la Place de la révolution.
Partout il traînait sa nonchalance, son élégance un peu dandy, et son «entièreté», un mélange bizarre de gravité et d'extravagance. Son rire, éclat moqueur, surprenant. Entêté, maussade, drôle.
Comme ils ne pouvaient plus faire aucun concert, faute d’avoir accès à une scène, je suis allée écouter le groupe dans l’appart où Gorki vit avec son père, un vieux communiste déboussolé par son fils. A l’entrée, une pièce quasiment vide, un canapé défoncé, une chaise, le carrelage frais des tropiques. Dans la pièce du fond, les murs tapissés de boîtes d'œufs, pour amortir le bruit. C’est là qu'ils répètent.


(Photo de Johannes Frandsen)

Ce jour-là, Ciro (l'autre membre fondateur du groupe) avait chanté « Don’t you cry tonight », prononçant les mots à la cubaine (dono yo criiii Toniii) — tout le sel de sa reprise sirupeuse.
Puis il s’était marré quand je lui avais dit que je ne connaissais pas la chanson originale. Je suis mauvais public, je n’ai jamais vraiment écouté de rock, encore moins de hard rock.
Par contre, l’éclectisme musical de Ciro et de Gorki m’avait étonnée. Je me souviens de discussions avec Ciro où il me parlait des chansons de Brassens, qu’il connaissait, de Vissotksy, génial barde russe, ou de Silvio Rodríguez, le trovador rebelle devenu député de l’assemblée populaire... c’était plutôt inattendu pour un groupe de punk libertaire à Cuba.
J’avais une voiture, ils m'ont demandé un jour de les emmener à un festival de hard rock en province, où ils pensaient prendre la scène d’assaut. Ils étaient fous de joie à l’idée de jouer à nouveau devant un public (arrivés après la détention de Gorki,  le bassiste Hever et le batteur Renay n'avaient encore jamais joué sur scène avec Porno). Mais le festival avait été annulé, à la dernière minute. L'étonnant avait été d'y croire.
Ca reste un mystère pour moi : comprendre où ils trouvent non seulement l'énergie de continuer, mais même simplement de ne pas devenir fous.
Vivre sans trêve au milieu de la surveillance (des voisins, des connaissances, des autorités), être pris dans un filet de paranoïa, voir les amis s'éloigner, par peur, par pressions... Quand j'en parlais à Gorki, il haussait les épaules. Vient un moment où le choix n'existe plus de toute façon. Dans une interview récente, il parle juste brièvement de la solitude qu'il a toujours senti autour de Porno.

Mais au fait, pourquoi cet acharnement contre eux, de la part des autorités ? Parce qu'ils ne se plient pas. Parce qu'ils refusent de jouer le jeu comme tout le monde.
Au départ, ce n'était qu'un groupe de punk provoquant, se moquant de tout.
Intolérable.
Deux ans de prison plus tard pour Gorki, c'est un groupe qui n'utilise plus de métaphores, et ça, c'est quelque chose d'inédit dans Cuba. Vraiment. Il faut avoir vu les réactions physiques des gens qui écoutaient pour la première fois la chanson El Comandante, au tout début, quand elle circulait fin 2006 dans une version chantée par Ciro...
Ils ont repoussé les limites plus loin, pour tout le monde. Mais qu'elles doivent être lourdes, ces limites, quand il faut les pousser seuls...
Justement, ils ne sont plus tout à fait seuls à "dar la cara". Je ne sais pas si ça change grand-chose au quotidien, mais en cas de coup dur, le sentiment de vulnérabilité doit être moins oppressant. L'été dernier, au moment de son arrestation, une mobilisation menée à Cuba par Yoani, entre autres, et relayée à l’étranger, avait eu comme conséquence tout à fait inattendue sa relaxe après quelques jours de préventive, avec une simple amende pour désobéissance civile.
Avec un certain sens du détail, Gorki avait payé les 600 pesos MN (soit environ 25 euros) en pièces de cinq centavos, soit 12 000 pièces — et plusieurs heures de recomptage à la caisse. Apparemment, le compte y était.



Sur leur site, plus de détails sur l’histoire du groupe, et quelques vidéos sur la première page. Je crois que vous pouvez aussi y acheter leurs albums, dont le dernier, Rojo (desteñido).
Et sur Youtube, vous pouvez trouver certains clips, où l'on voit l'évolution d'un groupe provoc' et déconnant…

El Cake

… à une radicalisation de leurs chansons, la plus fameuse étant celle consacrée au Comandante en 2007. Comme le résume le titre d'une de leurs chansons récentes, «Moi, la politique, elle m'intéresse pas, c'est elle qui s'intéresse à moi» :

A mí no me gusta la política (ici avec Los Aldeanos)


Voir aussi le site de la Babosa azul, un groupe plus unplugged, où Ciro reprend quelques chansons de Vissotsky.


27 janvier 2009

appel d'air

C’était le jour d'une grande marche, une des premières pour moi. Ce devait être début mai, en 2004.
En moins de trois jours, les autorités ont décrété qu’un million de personnes allaient défiler sur le Malecón. Así de sencillo.
Je suis aux premières loges puisque la casa particular où j’habite à ce moment-là donne sur une des rues utilisées comme parqueo. Devant ma fenêtre, pendant toute la nuit, j’entends les bus qui arrivent au pas, remplis, se garent les uns derrière les autres, et envahissent le quartier.



C’est même un peu effrayant, de voir ces rues qui se bouchent les unes après les autres, files ininterrompues de bus de toutes sortes, vacarme incessant. Toute la nuit.
Sur le Malecón, dès 7h du matin, des affiches absurdes remplies de croix gammées, des gamins de quelques années qui hurlent dans des micros que l’impérialisme ne passera pas, et une foule qui se presse de défiler, l'obéissance pour conviction, un petit drapeau de papier à la main.
L’impression décourageante d’avoir face à soi des gens qui ont renoncé à réfléchir, qui ont remis leur capacité de jugement, d’interrogation, de responsabilité à d'autres, à plus tard.
Cette courte matinée (la marche elle-même se termine vers onze heures du matin, et hop, tout le monde à la maison pour profiter du jour férié improvisé) me déprime : voir de près les mécanismes de mobilisation, et ce qu’ils supposent d’abdication, de docilité laisse un goût amer, qui n’a pas grand-chose à voir avec l'image impressionante d’une foule-fleuve vue d’hélicoptère, qui passe et repasse à la télévision toute la journée.

En fin d’après-midi, des amis m’appellent. Ils me proposent de les rejoindre à une peña, un concert, dans « el hueco » (le trou), un petit amphitéâtre à l'air libre au coin de G y 19 (ou 21, j'ai un doute). « C’est un trovador, un type chouette, tu vas voir ».
Sur le chemin, je me souviens des flamboyants couverts de fleurs, j’en ramasse quelques unes, délicates, orange vif, une beauté. Sur place, le lieu est étonnant, charmant, une espèce de large trou en contrebas des rues, abrité par de gigantesques ficus. Tous les gradins de béton sont remplis, et sur la petite scène s’installe un homme barbu, rond, souriant, la cinquantaine. Pedro Luís Ferrer.


(Image reprise du blog de Pedro Luís Ferrer. 
Quant à moi, je suis au 4e rang vers le milieu, jajaja...)

Il commence à parler, à plaisanter, raconte de petites histoires aux morales malicieuses, parle de la marche du matin avec humour et détachement. Je suis sidérée. Ça fait tellement de bien, un peu de second degré, c'est comme un appel d'air, une brèche dans une mise en scène qui voudrait monopoliser tout l'espace.
Puis il chante quelques chansons reprises en chœur par le public. Sa voix est magnifique, puissante. Des passants regardent depuis la rue. Il y a une atmosphère joyeuse, libre. Ca fait quelques semaines que je suis là, et pour la première fois, je ressens une forme de spontanéité en public. «Ciento por ciento cubano», et le public exulte.


A la fin du concert, mes amis m’entraînent avec eux, poursuivre la fête chez Pedro Luís, qu’ils connaissent. Jusque tard dans la nuit, sur son perron, plusieurs trovadores improvisent, il y a toujours cette légèreté dans l’air, une chispa qui fait un bien fou.
La peña de Pedro Luís, qui devait être mensuelle, a été suspendue après le deuxième numéro seulement. Il a donné ensuite quelques concerts à La casona, dans la peña organisée par l’acteur Renecito de la Cruz, les dimanche soir — avant que celle-ci ne soit victime de son succès et plus ou moins fermée.
Dans les années qui ont suivi, j’ai souvent revu Pedro Luís, j’ai passé de belles après-midi d’asado dans sa maison pleine d’amis, de chants, d’enfants, jusqu’à ce qu’il finisse par partir à moitié, s’installer en Espagne, et revenir quelques mois par-ci par-là.
Une de mes dernières soirées à Cuba, j’ai eu la chance de le voir dans la grande salle de l’Amadeo Roldan. C'était plein à craquer, même si le concert n’avait pas été annoncé publiquement. Quand il est entré, il a pris sa guitare à la main, s’est installé, a regardé lentement le public, en souriant : «Ca fait plaisir, ça fait longtemps que l’on ne s’était pas vu»


Tout le monde a applaudi, puis plus tard, tout le monde a retenu son souffle quand il s’est mis à chanter la chanson de l’abuelo Paco à la fin du concert : "Grand-père a construit cette maison, et bien que nous l'habitions tous, avec les sacrifices que cela signifie d'en prendre soin, pour bouger la moindre chose, il faut lui demander l'autorisation; si grand-père n'est pas d'accord, rien ne change dans la maison..."



(La vidéo date d'une marche organisée en janvier 2006. Les enregistrements sonores sont du concert de l'Amadeo Roldan, février 2007)

18 janvier 2009

la peña de la tortue

J’ai quitté Cuba parce que j’étais lasse de l’atmosphère schizophrène qui y règne, parce qu’après plusieurs années de vie, je n’avais pas envie de faire ma vie là-bas, parce que souvent je me sentais étouffée, enlisée, et que cette sensation a fini par être plus forte que le plaisir d’y vivre entourée d’une tribu cálida.
Trois ans plus tôt, j’étais arrivée à La Havane avec un aller simple et l’adresse d’une casa particular où poser mes deux sacs les premiers jours. C’est tout. Je ne savais pas si je resterais quelques mois ou quelques années. Je ne connaissais personne dans l’île, mais j’étais pleine de curiosité (j'exagère un peu, j'avais gardé un ami de mon premier voyage dans l'île en 1995, et le fait qu'il vienne m'accueillir à l'aéroport à mon arrivée m'a fait un bien fou).
Très vite, mes andanzas cubaines m’ont menée de hasards en rencontres, de concerts en peñas, de fêtes en discussions. J’ai eu la chance de rencontrer tôt des gens exceptionnels, même si je n’en avais qu’à moitié conscience à ce moment-là.
Il y a quelques semaines, j’ai lu un article mis en ligne sur Penúltimos Días. Il y était question des « nouveaux rebelles ». Et je me suis rendue compte que je les connaissais presque tous, des amis proches, et qu’au-delà de positions politiques des uns et des autres, c’est justement leur révolte, leur liberté, leur énergie qui avaient accompagné ma découverte de Cuba, et l’avaient rendu si riche.
J’étais arrivée à un moment plutôt morose de l’histoire cubaine, la fin d’un projet politique, son délitement en tout cas. Mais ce qui nous lie à un pays, ce n’est pas une image abstraite, c’est au contraire très incarné, ce sont les amis qu’on y a, les rencontres qui nous marquent, parfois aussi les morts qu’on y enterre.
Le temps a passé depuis mon départ, mais je suis toujours avec attention ce qui se passe là-bas, et mes souvenirs restent très présents. Et puisque fragments d’île est là, pourquoi ne pas continuer à les partager ?
Alors, si la paresse ne me vainc pas, je vous présenterai quelques amis. Je vous ai déjà parlé de Yoani et de Reinaldo, bientôt vous rencontrerez aussi Pedro Luís, Ray, Gorki, Ciro, Amaury, Luis Eligio, David, Arturo, Jacqueline, Irina, Pedro, Frank, Erick, Mayito, el Maja, el Profe et bien d’autres…

17 janvier 2009

la Lord

En ce jour un peu pluvieux, à Paris, je vous emmène faire un tour à La Havane, le temps d'une chanson sur le toit d'un immeuble du Vedado, pour retrouver Adriana, chanteuse hors pair et amie cuki. A gozar !

09 janvier 2009

naissance d’un blog

Je me souviens, c’était une après-midi de fin d’hiver, peu avant que je ne quitte Cuba. J’étais dans leur salon, avec cette vue qui domine le sud de La Havane.
J’étais venue souvent chez eux pendant les deux années précédentes, prendre un café, un verre d’eau, manger quelques pâtes, prétextes à des discussions à bâtons rompus — des moments précieux, à tenter de déchiffrer une réalité opaque. C’était comme quitter l’île pendant quelques heures, les codes étaient différents, tout semblait plus simple, plus direct.
Pendant un de mes voyages hors de Cuba, ils avaient même gardé Jico, ma jicotea, malgré sa curiosité vorace envers leur minuscule Téa. Depuis, Jico hiberne à Paris et Téa a rejoint le paradis des tortues…
Ce jour-là, Yoani cherchait un nom pour le blog qu’elle voulait créer, elle avait plusieurs idées. Je trouvais que "Génération Y", c’était le plus approprié, pour le Y, si cubain et si générationnel, et pour l’écho que ça renvoyait vers la génération X, laissée pour compte de l’histoire.
Depuis, son blog est devenu un morceau de l’histoire récente de Cuba, justement, et des millions de gens ont désormais la chance de partager la liberté de pensée de Yoani et de Reinaldo (sans Y...).
Je suis souvent inquiète pour eux, comment l’éviter, mais je connais leur force, tranquille, qui me rassure maintenant comme alors. Et les lire jour après jour, c’est un peu annuler l’ouragan au milieu duquel ils se trouvent.

(Et ici, un de mes premiers fragments, à propos de Reinaldo).

14 juin 2007

salut poisson !

C’est un peu dur, écrire le dernier message.
Fragments d’île
m’a ouvert un bel espace virtuel, me permettant de raconter Cuba au quotidien, dans ses banalités et dans ses charmes.
Mais maintenant, je suis loin de Cuba et de son quotidien. Ces fragments vont s’arrêter sous cette forme.
Je vais bientôt mettre en ligne quelques enregistrements sonores, des chansons, des vidéos que j’ai ramenés avec moi, un peu à la façon de Patxi et de son blog de souvenirs épars (d’ailleurs, Patxi, tu as de bonnes sources, je vois !).
Je mettrai aussi de nouveaux liens, les blogs cubains sont en plein essor, dans l'île comme au dehors.
Loula, je crois qu’on ne se verra pas à La Havane, mais bons voyages à toi.
David, cette rencontre virtuelle est un peu tardive : dommage.
Et à tous les lecteurs curieux de cette île, je vous remercie de vos lectures fidèles.
Comme on dit beaucoup en ce moment dans les rues de La Havane…
¡ Ciao pesca'o!

22 mai 2007

le pied de la lettre

C’est encore un de ces détails apparemment minuscules qui vont vous faire sourire, et pourtant, dans cette île, on interprète tout…
Jeudi dernier, les présentateurs du journal télévisé n’ont pas lu in extenso le texte écrit la veille par Fidel Castro et paru dans le Granma du jour. Ils en ont lu une synthèse, un résumé.
C’est totalement inédit.
Depuis le début de ses « Réflexions du commandant en chef » (on doit en être à la dixième maintenant), et quelque soit la longueur du texte, systématiquement les présentateurs commençaient leur journal par la lecture mot à mot dudit texte.
Pas question de changer une virgule, de sauter un paragraphe, de résumer une idée: la parole, cette parole, est sacrée, elle est intouchable.
Cela donnait des scènes hilarantes, dix, quinze minutes de monologue, avec un journaliste transformé en acteur, essayant de donner intonations et élan à une longue réflexion écrite par un autre. Rodobaldo Hernandez et Rafael Serrano, présentateurs vedettes respectivement du midi et du soir, sont particulièrement doués pour ça, de vrais comédiens, prenant des mines contrites ou menaçantes selon le ton requis.
L’actualité venait après, dans ce qui restait de temps pour le journal, parfois une peau de chagrin.
Mais jeudi dernier, donc, ce rituel de la déclamation a laissé place à un résumé.
Qui a décidé que l’on pouvait condenser le long texte (lui-même un résumé des interventions de trois économistes lors d’un récent forum) ? Qui a franchi cette frontière tabou ?
Vous allez dire que j’exagère, mais dans cette île où tout relève du non-dit, du tacite, chaque accroc sur le voile de silence est la source de toutes les spéculations.
Pendant des décennies, les discours de Fidel Castro ont été retranscrits systématiquement et intégralement dans le Granma, et rediffusés in extenso à la télévision, quelle que soit leur longueur (souvent entre trois et quatre heures, plusieurs fois par semaine).
Et voilà qu’un beau jour, quelqu’un décide de résumer la pensée si souvent présentée comme parfaite, zénitale…
Ca n’en a pas l’air, mais c’est une vraie transgression.

19 mai 2007

retrouvailles

Après ce trop long silence (paresseuse, débordée, lasse), et avant de vous donner quelques nouvelles depuis mon île, je veux remercier Loula, qui a fait il y a trois semaines un bouquet de cinq blogs qu’elle aime lire, dont celui-ci.
Nous devions nous rencontrer il y a quelques mois à La Havane, ça ne s’est pas fait finalement : ce sera pour une autre fois.
Selon ses règles, je dois à mon tour nommer cinq blogs qui m’accompagnent : c’est difficile, cinq c’est peu.
Et puis la vie des blogs est fluctuante : certains disparaissent, d’autres s’endorment, d’autres encore changent, ou au contraire ne changent pas…
Disons que tous ceux qui sont nommés sur le côté me font faire le tour du monde tous les jours ou presque (et je suis toujours à la recherche de nouveaux pays, de nouvelles découvertes : si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à m’en faire dans les commentaires).

Mais s’il faut choisir, et dans des registres très différents :
Coffeeshopshop, qui raconte sa vie personnelle avec tellement d’humour, et tellement bien…
Mon journal de Chine : c’est un blog désormais fermé, mais sa découverte, il y a deux ans, m’a donné l’idée et l’envie d’écrire ces fragments d’île. Il y a quelques semaines, son auteur Pierre Haski a lancé un site d’information, où il continue de parler de la Chine (Chinatown).
Sophil de l'eau, à l'écriture douce et précise, qui nous parle de ses enthousiasmes et de ses colères, de ses enfants et un peu du Portugal.
Enfin, plus récemment, j'ai découvert deux blogs venus de pays que je ne connais pas, et qui sont pour moi des lectures dépaysantes : Tbilissi et pas ailleurs, en Géorgie, et Nastepna Stacja, en Pologne.
Mais cette liste est injuste, allez faire un tour sur tous ceux qui sont à côté, ils me plaisent tous !

Maintenant, que la chaîne continue : que chaque nominé nomine à son tour !