14 juin 2007

salut poisson !

C’est un peu dur, écrire le dernier message.
Fragments d’île
m’a ouvert un bel espace virtuel, me permettant de raconter Cuba au quotidien, dans ses banalités et dans ses charmes.
Mais maintenant, je suis loin de Cuba et de son quotidien. Ces fragments vont s’arrêter sous cette forme.
Je vais bientôt mettre en ligne quelques enregistrements sonores, des chansons, des vidéos que j’ai ramenés avec moi, un peu à la façon de Patxi et de son blog de souvenirs épars (d’ailleurs, Patxi, tu as de bonnes sources, je vois !).
Je mettrai aussi de nouveaux liens, les blogs cubains sont en plein essor, dans l'île comme au dehors.
Loula, je crois qu’on ne se verra pas à La Havane, mais bons voyages à toi.
David, cette rencontre virtuelle est un peu tardive : dommage.
Et à tous les lecteurs curieux de cette île, je vous remercie de vos lectures fidèles.
Comme on dit beaucoup en ce moment dans les rues de La Havane…
¡ Ciao pesca'o!

22 mai 2007

le pied de la lettre

C’est encore un de ces détails apparemment minuscules qui vont vous faire sourire, et pourtant, dans cette île, on interprète tout…
Jeudi dernier, les présentateurs du journal télévisé n’ont pas lu in extenso le texte écrit la veille par Fidel Castro et paru dans le Granma du jour. Ils en ont lu une synthèse, un résumé.
C’est totalement inédit.
Depuis le début de ses « Réflexions du commandant en chef » (on doit en être à la dixième maintenant), et quelque soit la longueur du texte, systématiquement les présentateurs commençaient leur journal par la lecture mot à mot dudit texte.
Pas question de changer une virgule, de sauter un paragraphe, de résumer une idée: la parole, cette parole, est sacrée, elle est intouchable.
Cela donnait des scènes hilarantes, dix, quinze minutes de monologue, avec un journaliste transformé en acteur, essayant de donner intonations et élan à une longue réflexion écrite par un autre. Rodobaldo Hernandez et Rafael Serrano, présentateurs vedettes respectivement du midi et du soir, sont particulièrement doués pour ça, de vrais comédiens, prenant des mines contrites ou menaçantes selon le ton requis.
L’actualité venait après, dans ce qui restait de temps pour le journal, parfois une peau de chagrin.
Mais jeudi dernier, donc, ce rituel de la déclamation a laissé place à un résumé.
Qui a décidé que l’on pouvait condenser le long texte (lui-même un résumé des interventions de trois économistes lors d’un récent forum) ? Qui a franchi cette frontière tabou ?
Vous allez dire que j’exagère, mais dans cette île où tout relève du non-dit, du tacite, chaque accroc sur le voile de silence est la source de toutes les spéculations.
Pendant des décennies, les discours de Fidel Castro ont été retranscrits systématiquement et intégralement dans le Granma, et rediffusés in extenso à la télévision, quelle que soit leur longueur (souvent entre trois et quatre heures, plusieurs fois par semaine).
Et voilà qu’un beau jour, quelqu’un décide de résumer la pensée si souvent présentée comme parfaite, zénitale…
Ca n’en a pas l’air, mais c’est une vraie transgression.

19 mai 2007

retrouvailles

Après ce trop long silence (paresseuse, débordée, lasse), et avant de vous donner quelques nouvelles depuis mon île, je veux remercier Loula, qui a fait il y a trois semaines un bouquet de cinq blogs qu’elle aime lire, dont celui-ci.
Nous devions nous rencontrer il y a quelques mois à La Havane, ça ne s’est pas fait finalement : ce sera pour une autre fois.
Selon ses règles, je dois à mon tour nommer cinq blogs qui m’accompagnent : c’est difficile, cinq c’est peu.
Et puis la vie des blogs est fluctuante : certains disparaissent, d’autres s’endorment, d’autres encore changent, ou au contraire ne changent pas…
Disons que tous ceux qui sont nommés sur le côté me font faire le tour du monde tous les jours ou presque (et je suis toujours à la recherche de nouveaux pays, de nouvelles découvertes : si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à m’en faire dans les commentaires).

Mais s’il faut choisir, et dans des registres très différents :
Coffeeshopshop, qui raconte sa vie personnelle avec tellement d’humour, et tellement bien…
Mon journal de Chine : c’est un blog désormais fermé, mais sa découverte, il y a deux ans, m’a donné l’idée et l’envie d’écrire ces fragments d’île. Il y a quelques semaines, son auteur Pierre Haski a lancé un site d’information, où il continue de parler de la Chine (Chinatown).
Sophil de l'eau, à l'écriture douce et précise, qui nous parle de ses enthousiasmes et de ses colères, de ses enfants et un peu du Portugal.
Enfin, plus récemment, j'ai découvert deux blogs venus de pays que je ne connais pas, et qui sont pour moi des lectures dépaysantes : Tbilissi et pas ailleurs, en Géorgie, et Nastepna Stacja, en Pologne.
Mais cette liste est injuste, allez faire un tour sur tous ceux qui sont à côté, ils me plaisent tous !

Maintenant, que la chaîne continue : que chaque nominé nomine à son tour !

14 avril 2007

haute représentativité

Pour le plaisir, voici un texte satirique bien écrit et bien vu, tiré du blog Mi isla al mediodia. Je le traduis pour ceux qui ne lisent pas l’espagnol; pour les autres, c’est .

"

ACCES LIBRE

Le Ministère de l’informatique et des communications (MIC) a eu la gentillesse de m’envoyer cet avis :

"Dans l’objectif de satisfaire la demande croissante de notre peuple pour l’accès à internet, notre ministère a envisagé la création d’un plan spécial pour développer et promouvoir l’usage public d’internet dans notre pays. Ce plan porte le nom d’Inter-rien.

Dans notre ministère, nous sommes parfaitement conscients de l’importance de l’accès d’internet mais nous savons aussi que c’est une erreur d’ignorer les dangers que contient son usage. C’est pour cette raison qu’il a été décidé que dans un premier temps, l’accès public à internet serait ouvert seulement à certains secteurs déterminés de la population, pendant une certain temps. Au terme de cette période aura lieu l’évaluation du succès obtenu et des problèmes éventuellement rencontrés. Après la réalisation des modifications nécessaires commencera une seconde étape, qui concernera l’ensemble de la population.

Pour la composition du groupe initial, nous avons cherché un échantillon suffisamment hétérogène, afin de garantir la représentativité de l‘ensemble de la population cubaine.

Le groupe initial concerne tous les citoyens cubains, résidents à Cuba, qui sont inclus dans l’une des catégories suivantes :

- Vétérans de la première guerre mondiale
- Travailleurs participant au projet cubain d’exploration de la planète Mars
- Sportifs et entraîneurs ayant participé aux derniers Jeux Olympiques d’hiver
- Survivants du Titanic
- Lauréats du prix Nobel, quelle que soit la catégorie
- Retraités de 65 ans ou plus, en bonne santé, capables de courir le 100 mètres en moins de 11 secondes (épreuve exigée)
- Adolescents (âgés de moins de 15 ans) qui peuvent réciter par cœur un fragment de plus de 20 pages du chef-d’œuvre de Karl Marx :
Le Capital (le choix du fragment est libre, tant que la longueur est respectée)
- Femmes au foyer diplômées du BEPC qui peuvent démontrer avoir lu
Ulysse de James Joyce et A la recherche du temps perdu de Marcel Proust (il faudra démontrer la lecture des deux œuvres, épreuve écrite).

Il existe de plus l’intention d’inclure dans ce premier groupe les personnes qui peuvent prouver avoir vu tous les programmes de la
«Mesa Redonda» diffusés jusqu’à ce jour. Ces personnes doivent être en bonne santé psychologique et ne présenter aucun trouble neurologique (certificat médical exigé, et vérification des connaissances par des questions au hasard sur l’émission).

Comme vous pouvez le voir, ce groupe initial permet une haute représentativité de tous les secteurs de la population (étudiants, travailleurs, intellectuels, scientifiques, sportifs, retraités, et femmes au foyer), ce qui entraîne une garantie du succès du projet.

Révolutionnairement,

José Papillon Varela
Sous-secrétaire du bureau du Ministre pour les réseaux, les câbles, et autres nœuds.


Mesa Redonda : programme d’information et de «débat» politique qui est diffusé (et rediffusé) quotidiennement par la télévision cubaine. C’est le programme où tous peuvent exprimer librement ce qu’ils pensent de George W. Bush.
"

Edit : à propos de cette obsession de la forme dans la revendication de tous les secteurs de la société, cet article, ce matin, dans Granma, fait lui aussi le tour de la question dans son premier paragraphe (… et peuple en général).

05 avril 2007

badinage

Le feu vient de passer au rouge, je m'arrête. Devant moi un vieux side-car soviétique, un homme au volant, un autre assis dans le «panier».
Il fait chaud, nous sommes en milieu d’après-midi, comme d'habitude une file de femmes plus ou moins jeunes attend sur le côté, et se précipite vers les véhicules à peine arrêtés —les auto-stoppeuses.
Une femme d'une cinquantaine d'années se dirige vers la première voiture de la file, sans succès. Elle s’approche alors du conducteur du side-car, lui demande probablement s’il va dans sa direction; je ne sais pas ce qu’il lui répond mais elle éclate de rire, relève un peu sa jupe et s’assied en amazone derrière lui.
A côté, l’homme dans le panier du side-car lui lance un mot, elle se retourne vers lui, se penche, lui murmure quelque chose à l’oreille, maintenant c’est à son tour à lui de rire.
En quelques minutes, le temps d’un feu rouge, ces trois-là, parfaits inconnus, se sont inventés une connivence, une proximité, ils rejouent une fois de plus le plaisir de la rencontre et de la séduction sous les tropiques.
Un chercheur cubain avait consacré toute une étude au "choteo" insulaire, entre badinage et moquerie. Selon lui, c'était un des traits caractéristiques de ses compatriotes.
Cette familiarité à portée de main, qui ne dure que le temps d’un trajet, d’une attente devant un magasin, qui tisse le temps qui passe, c’est peut-être l’une des choses les plus surprenantes pour un étranger, les plus fascinantes aussi.
Une vie au jour le jour, où le lendemain n’existe que vaguement, de façon diffuse, où l’heure qui vient, la minute qui vient, comprend tous les possibles.

28 mars 2007

détails

Ca semble des détails insignifiants, et il est difficile de faire comprendre à l’extérieur la portée que ça peut avoir.
Essayons pourtant : imaginez un instant que vous n’ayez pour toute source d’information que deux quotidiens de petit format, de quatre feuilles chacun, disons le journal de l’Elysée, et le journal de Matignon ;
imaginez qu’il n’y ait que quatre chaînes de télévision publique, servant de porte-parole du gouvernement, et sans liberté éditoriale.
Imaginez que votre univers médiatique soit réduit à cela, à l’exclusion de toute autre source d’information non gouvernementale.
Et dans cet espace médiatique réduit, soudain, une journaliste du journal télévisé (le même sur toutes les chaînes) vous annonce avec aplomb que «de toute façon, dans notre pays, tout le monde sait bien que personne ne vit de son salaire».
La surprise vient de ce que c’est en partie vrai, mais ce n’est pas ce que nous montrent d’habitude les médias cubains. C’est une vérité tacite, un secret de polichinelle embarrassant, un fait têtu qui ne se plie pas aux discours.
C’est comme si soudain, les médias cubains se mettaient à refléter la réalité quotidienne, non pas seulement ses succès, mais aussi ses échecs. Comme une reconnaissance publique, ôter le masque.
Et le lendemain, cette même télévision passe en prime time Suite Habana, un long documentaire silencieux de Fernando Perez, qui suit les vies difficiles d’une dizaine d’habitants de la capitale, entre résignations et espérances.
Largement primé à l’étranger, plébiscité lors de son court passage au ciné il y a quatre ans, ce film faisait partie d’une liste d’une trentaine de productions cubaines récentes que la télévision nationale n’a jamais diffusées.
Difficile de savoir ce que signifient ces détails. Mais il y a comme un soulagement à voir la réalité et sa représentation médiatique coïncider un peu.

27 mars 2007

vents de carême

Depuis plusieurs jours déjà, il fait une chaleur écrasante, un soleil implacable le jour, et la nuit tombée, la ville est balayée sans répit de vents tourmentés. Les Cubains les appellent "los vientos de cuaresma", les vents de carême, qui viennent du sud et qui rendent fous. Leonardo Padura a intitulé comme ça l’une des quatre saisons de son flic Mario Conde.
Mais les Cubains ne sont pas fous, ils souffrent tous de Nazaré, un méchant virus.
Nazaré ? C’était le nom d’un des personnages de la télénovela brésilienne qui vient de se terminer : une femme méchante, méchante, ouh lala, comme elle était méchante.
Du coup, c’est devenu un nom commun, un cliché, les Cubains l’utilisent pour tout ce qui est mauvais : cette grippe qui ne guérit pas, une femme infidèle, une mauvaise personne…

02 mars 2007

complexés ?

Les journalistes cubains manqueraient-ils de confiance en eux ?
Un ami m’a raconté cette scène surréaliste dans le JT du soir il y a quelques jours : le présentateur vedette conclut le lancement d'un sujet par ces mots : « … et ce que je viens de vous dire, n’allez pas croire que c'est moi qui l'ai inventé : c’est le Washington Post qui le dit » ("y no piensen que son mentiras mías : lo dice el Washington Post !").
Que les médias officiels cubains se sentent obligés d'appuyer leur crédibilité sur les journaux de l’ennemi, critiqué à longueur de bulletins, voilà qui est paradoxal, non?
Ca me fait penser au festival de rediffusions étrangères auquel nous avons eu droit mercredi, au lendemain de la conversation téléphonique entre Fidel Castro et Hugo Chavez : la nouvelle du jour, ce n'était pas la conversation, c'était "la répercussion dans les médias internationaux de la conversation historique entre les deux présidents". A suivi pendant dix minutes une retransmission ininterrompue de reportages édités de CNN, TVE, de captures d'écran des agences de presse, etc.
Si ce qui est crédible, ce qui donne du poids, c'est ce qui se dit à l'étranger, pourquoi avoir renvoyé trois journalistes étrangers la semaine dernière?

24 février 2007

exils intérieurs

J’en avais entendu parler depuis longtemps, je viens d’avoir l’occasion de le voir au Festival des Jeunes réalisateurs cubains, qui se tient discrètement à la Cinémathèque, et qui depuis deux ans réserve chaque fois de belles surprises documentaires.
Buscandote Havana, A ta recherche Havane, est un documentaire dur et émouvant sur ces Cubains qu’on surnomme de haut les "palestiniens". Palestiniens, parce qu’ils viennent de l’Oriente, de l’est de l'île, et qu’ils se retrouvent exilés dans leur propre pays.
Une loi interdit aux Cubains de province de venir s’installer à La Havane, sous peine de se mettre en situation illégale.
La loi l’interdit, mais la nécessité les y oblige : il ne se passe rien dans l’est, pas de travail, moins d’aide sociale, tous veulent venir dans la capitale.
Une fois arrivés, ils ne peuvent pas travailler, légalement, car ils n’ont pas d’adresse havanaise; ils ne peuvent pas avoir d’adresse havanaise car ils ne travaillent pas, et ce n’est que le début du cercle sans issue qui peut durer des dizaines d’années.
C’est comme ça que naissent aux bords de la capitale les asentamientos, version cubaine des bidonvilles, faits de carton, de tôle récupérée, de câbles tendus pour détourner l'électricité, de fosses creusées devant la porte en guise d'égoûts.
«Je ne suis pas illégale dans mon pays, comment je serais illégale si je suis cubaine ?» s’étonne logiquement une jeune femme, «je suis juste sans papiers».
Un homme s’énerve contre le racisme envers les "orientaux" : « Martí, Frank País, ils venaient tous de l’Oriente. Et notre commandante ? Hein ? je suis aussi cubain que Fidel! » s’énerve cet homme qui s’appelle justement lui-même Fidel, et qui vient de baptiser son fils Elián, «en hommage à toutes ces belles choses qui se sont faites depuis qu’on a sauvé le balsero Elián des griffes des Américains».
Fidel, ce Fidel-là, est révolutionnaire, à l’extrême, il dit aller à toutes les marches combattantes, il parle de la révolution avec lyrisme. Mais il pleure de rage en évoquant les semaines sans manger à écouter les plaintes de ses enfants, sans accès au rationnement, il dit qu’il pourrait travailler à un kilomètre de chez lui, le directeur de l'usine l’embaucherait volontiers, mais il n’a pas le droit : pas d’adresse havanaise. Et il peut juste conduire un bici-taxi dans les rues de la ville en évitant les policiers. Cela fait presque vingt ans qu’il habite à La Havane, mais il est clandestin dans sa propre capitale.
Il y a aussi cette femme qui vit dans ce qui fut la piscine d’un hôtel, dans Centro Habana : l’hôtel délabré est squatté depuis des décennies, elle et son mari ont posé un toit sur la grande cuve de mosaïques bleues autrefois remplie d’eau. «C’est un appartement, mais c’est une piscine» essaye-t-elle d’expliquer, faisant rire toute la salle.
La salle justement, pleine de jeunes havanais, qui au début ricane de l’accent des orientaux interviewés («mi amol»), et qui peu à peu se tait, ne rit plus, et regarde avec la gorge serrée l’exclusion violente à laquelle sont soumis ces Cubains.
A la fin, la chanson déjà culte du jeune trovador Ray Fernandez, Lucha tu yuca taíno, résonne différemment, comme un calque sur la situation de ces illégaux.
Et dans le générique de fin, un paragraphe précise que toute reproduction totale ou partielle de ce docu sans autorisation de son auteur est interdite aux Etats-Unis. Car si cette critique de l’exclusion au sein de la société socialiste est implacable, elle veut rester une critique de l’intérieur.
Cela me fait penser aux noticieros que produisait l'Icaic dans les années 80, projetés dans les salles de ciné avant les films. La plupart dénonçaient les situations d'exclusion dans le pays (bidonvilles, attentes de relogement, inefficacité de l'industrie), avec un franc-parler surprenant aujourd'hui (l'Icaic a toujours été un peu à part). Comme le dit un sociologue, dans le documentaire, une société est toujours perfectible, jamais parfaite, et nier cette réalité, c'est se condamner à ne pas en sortir.

D’autres documentaires en vrac :
De Generación,
sur des jeunes nés dans les années 80 et qui mettent des mots sur leurs doutes et leurs espoirs.
Model Town, sur la centrale sucrière Cienfuegos (ex-Hershey) : l’émotion des petits vieux qui viennent de nous évoquer avec force détails le goût, la saveur, l’apparence des chocolats Hershey, et à qui la réalisatrice tend une plaquette de ce chocolat, introuvable ici depuis la révolution.
Compas de espera : le rythme différent d’un village de Pinar del Rio, le départ vers la capitale, ou vers l'étranger… et au milieu cette tradition cérémonieuse du "jour des illustres partis au loin", "el día del palacieno ausente", avec tribune, discours du révolutionnaire du coin, bal, etc.
Monteros : la vie dans les marécages de la péninsule de Zapata, à deux pas de la baie des Cochons. Une vie où la trace de la révolution est invisible. Isolés dans la nature, les charbonniers vivent de chasse et de pêche, leurs maisons sont faites de planches et de zinc, et ils réfléchissent au sens de l'amitié, avec sérieux —pas de l'amitié entre les peuples, formule politicienne dont ils n'ont aucune idée.

15 février 2007

contre-espionnage

Pas beaucoup de temps pour écrire ces jours-ci, alors voici en passant quelques lignes du livre de Vazquez Montalban, Et Dieu est entré dans La Havane.
C'est paraît-il une blague que racontait à la fin de sa vie Barberousse, longtemps chef du contre-espionnage cubain. Ca m'a fait beaucoup rire.

Un espion de la CIA est envoyé par Reagan pour savoir ce qui se passe à Cuba. Il fait son rapport :
"Monsieur le Président,
il n'y a pas de chômage là-bas, mais personne ne travaille.
Personne ne travaille, mais toutes les normes de production sont remplies, à en croire les statistiques.
Les normes de production sont remplies, mais il n'y a rien dans les boutiques.
Il n'y a rien dans les boutiques, mais tout le monde mange.
Tout le monde mange, mais tous se plaignent sans arrêt qu'il n'y a rien à manger.
Les gens se plaignent sans arrêt, mais tous vont place de la Révolution acclamer Fidel.
Monsieur le Président, nous avons tous les éléments du dossier, mais nous sommes dans l'incapacité d'en tirer la moindre conclusion".